Interview de Serge Derudder, mémoire vivante des Sapeurs-Pompiers de Comines-Warneton

37 années de service effectif chez les pompiers, heureux retraité depuis 2009 de ce corps de métier si particulier et si cher au cœur des Cominois, on le considère aujourd’hui comme la mémoire vivante des Sapeurs-Pompiers de Comines-Warneton. Mes activités professionnelles me réjouissent à double titre d’avoir eu son accord pour une interview qui j’espère vous amènera à mieux le connaître. 

Merci beaucoup Serge d’avoir accepté cette interview pour le blog CominesWarneton-Actu.com 

Nous allons remonter ensemble loin dans le temps pour coller petit à petit à l’actualité. Tous mes camarades pompiers de France, mes collègues de travail anciens de la BSPP (Brigade des Sapeurs-Pompiers de Paris) me parlent d’une vocation qui leur est apparue dès le plus jeune âge. Toi aussi, c’est un rêve de gosse que tu as réalisé ? 

Non je ne pensais pas devenir « Pompier », je travaillais comme topographe pour un bureau d’étude de Wervik, et au retour de mon service militaire, mon père (qui était pompier) me demande de devenir volontaire, car comme c’est souvent le cas il manquait de personnel. Sans conviction je me rends à la caserne, et dès la porte franchie, je suis touché par le virus et puis voilà c’est devenu une vraie passion. 

Parlons formation. Tu as connu tous les âges des pompiers modernes, le matériel ancien qui vous protégeait à peine, aux techniques actuelles les plus pointues. Et tu as connu aussi le recrutement avant les test fédéraux. Peux tu nous parler un peu de ton entrée chez les pompiers ?

Je suis entré en septembre 1971, le Corps des Sapeurs-Pompiers de Comines-Belgique était un corps communal, avec des moyens modestes, une autopompe (de 1969) avec en traction une motopompe et un transport de personnel et de matériel (de 1952) qui tractait également une motopompe (de 1930) et une ambulance (de 1966). L’ambiance y était formidable et la camaraderie sincère. La formation était assurée par les sous-officiers à chaque manœuvre. Dès mon entrée au service j’ai cherché à connaître en recherchant dans les ouvrages techniques tout ce qui avait rapport au métier de pompier, et j’ai suivi toutes les formations et brevets possibles. Ce qui m’a permi, chose bizarre aujourd’hui, de passer de pompier en 1971 au grade de sous-lieutenant en 1976.

Tu possèdes une grande collection de journaux, d’articles, que tu partages chaque jour via Facebook. Comment se retrouve t’on à la tête d’autant d’archives liées à ce métier passionnant ?

L’histoire des pompiers de Comines n’était pas connue, suite à la première guerre mondiale, beaucoup d’archives avaient disparues, et il y a près de 20 ans j’ai commencé mes recherches, d’abord les archives du service, les archives des sociétés d’histoire des deux Comines, puis Communales et ensuite Provinciales, de l’Etat et finalement les archives de la Fédération des Sapeurs-Pompiers de Belgique. Mon intérêt principal c’est les pompiers de Comines, puis les pompiers de Belgique et ensuite bien sûr les pompiers en général. A chaque découverte je scanne le document qui vient enrichir l’histoire, j’achète également. J’ai à ce jour un recueil de 600 pages de textes et de 700 photos, courriers, articles de journaux, documents officiels, sur les pompiers de Comines sur la période de 1795 à 1977. Car j’arrête mon historique en 1977, année des fusions de Communes, car après c’est une autre histoire. Une synthèse de ce travail est parue dans les mémoires de la Société d’Histoire de Comines-Warneton et de la région (tome 38), société dont je suis également membre. J’ai également une collection unique qui regroupe le cadre officier et sous-officier de chaque corps de pompiers fédéré et cela de 1900 à 1914, que je tiens à disposition de celui qui fait des recherches sur son S.I, car une collection ça se partage. Mon ressenti c’est que le pompier a perdu son identité, il ne sait plus d’où il vient, il fait partie de la zone point. Il ne sait pas que Comines, Ploegsteert, Warneton ont un passé « Pompier » des plus riches. 

Le travail évolue, la population évolue. Quelques mots peut être de cette évolution des missions des Sapeurs-Pompiers au fil de ta carrière ?

A mon entrée, les incendies étaient rares, et nous n’avions aucun matériel de « Désincar » ce qui limitait également les sorties, le matériel évolue dans le bon sens en 1974, nouveaux véhicules dont une autopompe, un transport de personnel et de matériel et une auto échelle. Les missions augmentent, la formation et la mise en place d’une équipe « Plongeurs » en 1984 prouve la volonté d’aller de l’avant et de répondre à un besoin. J’ai connu un service avec pas ou peu d’interventions, et en 2009 je quitte un service avec des interventions presque journalières.

Le materiel change aussi. Saurais tu nous dire quelques mots pour comparer les casques d’intervention du début de ta carrière et ceux en place à la fin de celle-ci ?

J’ai connu quatre type de casques, d’abord le « Lévior », casque agréable au port car très léger, suivit du casque dit « Canadien » avec un meilleur réglage et un meilleur maintien, le F1 qui apporte une excellente protection et pour finir le « Dräger » qui est du même style que le F1.

Comme dans tous les métiers liés au secours à personne, je suis certain que ta mémoire fourmille de moments intenses, heureux comme tristes. Accepterais tu de partager avec nous une anecdote heureuse qui aura marqué ta vie ?

J’ai bien sûr connu des événements malheureux et heureux, des événements qui touchent au plus profond d’eux les intervenants. Les moments heureux sont ceux donnés par les personnes qui n’ont plus que pour seul recours les pompiers et les ambulanciers, il y a souvent une reconnaissance énorme sur le moment, et beaucoup n’oublient pas, et nous rendent visite par la suite à la caserne. Ca ces sont les bons moments.

Le corps des Sapeurs-Pompiers est la cible d’une directive européenne qui, pour faire bref, entend décompter le temps de travail en caserne et en intervention dans l’ensemble du temps de travail des pompiers volontaires. L’implication d’une telle directive serait d’empêcher un pompier volontaire de prendre une garde après son travail (respect du temps entre deux postes, du taux horaire hebdomadaire maximal…), et fait porter un risque énorme sur le pool des volontaires. Faisons un peu de fiction : si une telle directive était appliquée, quel serait son impact sur la population ?

Je comprends mal la situation actuelle, je crois mais c’est personnel que pour la zone de secours, la mise en place a été trop rapide, et la décision européenne sur le temps de travail est une grosse erreur. Avec les difficultés de recrutement qui sont déjà critiques, j’ai l’impression que tout est fait pour démoraliser et supprimer le volontaire. Cette façon d’aborder l’avenir du volontariat, me laisse un goût amer.

Nous sommes dans une ville frontalière, et l’Europe dont nous parlions quelques secondes plus tôt a aussi ses bons côtés : la collaboration entre les services de secours belges et français est effective depuis des années.

Comment se coordonnent sur le terrain les actions conjointes aux secours belges et français ?

Les accords existent, j’ai connu beaucoup d’interventions avec la venu des pompiers français sur Comines – Belgique, mais en 37 ans de service la réciprocité n’existait pas. Je crois que cela restera comme ça encore un bon moment, en espérant bien sûr le contraire. [NDLA : un protocole d’accord pour les interventions transfrontalières des pompiers existe depuis peu]. 

Les Sapeurs-Pompiers vivent de la jeunesse qui les rejoint chaque année. D’abord que dirais tu à un gamin qui souhaite devenir pompier ?

Je lui dirais qu’il fait un bon choix, car le métier est passionnant, mais que c’est un engagement à ne pas prendre à la légère, car cela demande beaucoup d’implications, et être au service des autres, c’est aussi mettre un peu les siens entre parenthèses. 

Surtout, peux tu nous expliquer quelle est la procédure pour devenir SPV ? Et celle qui permet de devenir pompier professionnel ?

Le candidat doit réussir un examen qui se nomme le CAF (capacité d’aptitude fédéral), avec le CAF en poche il postule comme candidat auprès d’un centre de secours et suit les cours à l’école du feu. Le mieux c’est de prendre contact directement au Poste de Secours le plus proche de chez lui. Il peut bien sûr prétendre à devenir pompier professionnel. 

Merci pour ton accueil et pour le temps que tu nous as accordé. J’espère que de nombreux jeunes viendront mettre leur vie et leur temps libre au service de la population, comme l’ont fait les Sapeurs-Pompiers de Comines-Warneton, que nous tenons à saluer et surtout à remercier !

Par G.C.

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